Environnement physique

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L’Environmental Working Group (EWG) a récemment publié la liste des «Dirty Dozen» qui énumère les fruits et légumes ayant le plus de résidus de pesticides. Cette étude, réalisée chaque année par l’association environnementale américaine, a pour but de sensibiliser les consommateurs aux effets nocifs des pesticides en milieu agricole, et les aider à prendre des décisions éclairées lors de l’achat de fruits et légumes. Cette année,  32 000 échantillons furent analysés par le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) et l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA), et les pommes sont arrivées en tête encore une fois, lorsque 99% d’entre elles se sont révélées porteuses d’au moins un pesticide. Dans une tentative de réduire notre exposition à ces produits toxiques, le EWG suggère que nous achetions davantage de produits biologiques,  souvent plus coûteux. Ils ont également publié une liste des quinze aliments présentant de moindres doses de pesticides, solution alternative aux «Dirty Dozen».

Ceci n’est qu’un exemple de la longue liste des contaminants environnementaux qui peuvent avoir des effets néfastes sur la santé. Ils ne sont pas limités à notre environnement extérieur – air, eau et sol; ils comprennent également notre environnement intérieur – logement, communauté et transport. Quand notre environnement physique est compromis, les taux de morbidité et de mortalité peuvent augmenter de façon spectaculaire:

  • L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que 1 sur 8 décès mondial est attribuable à la pollution atmosphérique, le principal risque environnemental pour la santé (OMS, 2014a). La pollution de l’air à l’intérieur comme à l’extérieur contribue aux maladies cardiovasculaires, aux maladies respiratoires et au cancer du poumon.
  • 780 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable (UNICEF et OMS, 2012), ce qui entraîne plus de 3,4 millions de décès chaque année occasionnés par un manque d’assainissement et d’hygiène (Prüss-Üstün, A., Bos, R., Gore F. et Bartram J., 2008). De plus, l’eau polluée représente  un réservoir à moustiques porteurs du paludisme, qui a tué environ 627 000 personnes en 2012 (OMS, 2013).
  • Une étude récemment publiée dans Science suggère que les changements climatiques favorisent les maladies à transmission vectorielle (Siraj, AL et collab., 2014). Elle fait valoir que les températures élevées en raison du réchauffement planétaire entraîneront la propagation des vecteurs du paludisme dans des régions antérieurement protégées. L’OMS estime que ceci, en tant que tel, pourrait également conduire à une plus grande transmission d’agents pathogènes, tels que la maladie de Lyme, la dengue et le virus du Nil occidental, qui sont aussi sensibles au climat (OMS, 2014b).

Des millions d’individus n’ont présentement pas accès à l’eau potable et à une alimentation adéquate pour satisfaire leurs besoins fondamentaux, en raison des environnements physiques malsains. Par conséquent, ils deviennent davantage sensibles  aux maladies entraînées par la malnutrition et l’exposition aux polluants dans l’air, l’eau et le sol – des problèmes de santé qui peuvent être atténués ou évités entièrement, autant dans les pays développés que ceux en développement. Alors, comment pouvons-nous réduire les taux de morbidité et de mortalité produits par les environnements physiques?

  • Soyez conscients des facteurs de risque qui pourraient vous rendre sensibles à la pollution environnementale. Par exemple, les enfants, les personnes âgées, les personnes souffrant de maladies respiratoires ou cardiovasculaires et celles qui participent à des sports, ou travaillent à l’extérieur, sont plus vulnérables à la pollution de l’air. Ainsi, vous pouvez consulter la cote air santé (CAS) (un outil conçu par Santé Canada et Environnement Canada qui mesure la qualité de l’air relativement à votre santé, sur une échelle de 1 à 10) et limiter les activités à l’extérieur lorsque la pollution atmosphérique présente un risque élevé.
  • Un air plus propre permet de prévenir les maladies non transmissibles ainsi que freiner le réchauffement climatique. Minimiser les déplacements automobiles et recycler sont quelques-unes des habitudes à adopter pour réduire votre empreinte carbone.
  • À plus grande échelle, les gouvernements prennent des mesures pour limiter les émissions de dioxyde de carbone et autres gaz à effet de serre, afin de conserver les ressources environnementales qui soutiennent la vie humaine. Parmi elles se trouve le Protocole de Kyoto, traité international visant à réduire les émissions de dioxyde de carbone, dont le Canada s’est retiré en Décembre 2011. Quant aux pays signataires restants, ils ont convenu de proroger le protocole de Kyoto jusqu’en 2020, lorsqu’un nouvel accord sera mis en œuvre. Avec le rapport national d’évaluation sur le climat récemment publié détaillant les répercussions des changements climatiques sur les États-Unis, il lance un avertissement pour tous les pays développés sur les impacts croissants des changements climatiques si on n’agit pas rapidement.
  • Une prise de décision politique efficace est fondée sur des preuves scientifiques. Par ailleurs, il existe une lacune en recherche concernant l’impact des environnements physiques sur la santé. Malheureusement, le gouvernement conservateur a été accusé de museler ses scientifiques (Cheadle, 2013; Chung, 2013). Un sondage réalisé pour le Syndicat de la fonction publique du Canada a révélé que près de cinquante pour cent des répondants étaient au courant de cas où l’ingérence politique a compromis la santé et sécurité des Canadiens ou la viabilité environnementale, alors que vingt-cinq pour cent ont été invités à omettre ou modifier de l’information pour des raisons non-scientifiques. Ces tentatives pour empêcher les scientifiques de parler librement sont iniques, et démontrent que le contrôle de l’opinion publique a priorité sur la diffusion des connaissances scientifiques.

Références

Cheadle, B. (21 octobre 2013). 90% of government scientists feel they can’t speak freely: union survey. CTV News. Page consultée le 10 mai 2014, au http://www.ctvnews.ca/politics/90-of-government-scientists-feel-they-can-t-speak-freely-union-survey-1.1506580

Chung, E. (21 octobre 2013). Muzzling of federal scientists widespread, survey suggests. CBC News. Page consultée le 10 mai 2014, au http://www.cbc.ca/news/technology/muzzling-of-federal-scientists-widespread-survey-suggests-1.2128859

Prüss-Üstün A, Bos R, Gore F, Bartram J. (2008). Safer water, better health: costs, benefits and sustainability of interventions to protect and promote health. Page consultée le 10 mai 2014, au http://whqlibdoc.who.int/publications/2008/9789241596435_eng.pdf

Siraj, A. S., Santos-Vega, M., Bouma, M. J., Yadeta, D., Ruiz Carrascal, D., & Pascual, M. (2014). Altitudinal changes in malaria incidence in highlands of ethiopia and colombia. Science (New York, N.Y.), 343(6175), 1154-1158. doi:10.1126/science.1244325; 10.1126/science.1244325

UNICEF and World Health Organization. (2012). Progress on Drinking Water and Sanitation. Page consultée le 10 mai 2014, au http://www.unicef.org/media/files/JMPreport2012.pdf

World Health Organization. (2013). World Malaria Report 2013. Page consultée le 10 mai 2014, au http://www.who.int/malaria/publications/world_malaria_report_2013/wmr2013_no_profiles.pdf

World Health Organization. (2014a). Burden of disease from the joint effects of Household and Ambient Air Pollution for 2012. Page consultée le 10 mai 2014, au http://www.who.int/phe/health_topics/outdoorair/databases/FINAL_HAP_AAP_BoD_24March2014.pdf?ua=1

World Health Organization. (2014b). Malaria, other vectorborne and parasytic diseases. Page consultée le 10 mai 2014, au http://www.wpro.who.int/mvp/climate_change/en/

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Julie Boucher

Julie obtained her MSc in Interdisciplinary Health Sciences at the University of Ottawa. She is currently the Editor-in-Chief of the IJHS.

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