Avant-propos – Volume 4, Numéro 1

Print Friendly, PDF & Email

L’étymologie du mot « statistique » remonte au verbe latin « stare » (= « se tenir debout »), comme origine lointaine du mot. « Stare » a engendré un bon nombre mots en français, parmi lesquels on trouve « l’état » comme dans « l’état de santé » ou « l’état d’une situation ». Ce verbe a aussi donné « l’État » et l’adjectif « étatique », désignant l’institution gouvernementale. Dans le latin tardif, on trouve l’emploi du mot « statisticum » pour signifier ce « qui concerne l’État », ce qui a donné le mot actuel « statistique » (Cellard, 1980). Aujourd’hui, les statistiques font intuitivement référence à l’approche quantitative (et positiviste) dans notre quête de savoir scientifique, en comparaison avec les approches qualitatives (et interprétatives ou constructivistes).

À l’ère moderne, l’usage des statistiques s’est largement répandu pour développer notre compréhension de l’univers dans lequel nous vivons, mais aussi pour surveiller les problèmes sociaux et de santé qui affectent les populations humaines (cf. Daskalakis, p. 28). Grâce aux nombreuses disciplines construites autour de l’analyse statistique et des mathématiques, d’innombrables entreprises, organisations et institutions ont aujourd’hui recours à la collecte et à l’analyse de données pour définir leur agenda, pour gérer et faire l’évaluation de leurs activités et pour atteindre leurs objectifs. Il paraît donc inéluctable que l’homme moderne ait à se développer un sens aigu de ce que sont les statistiques et de leur utilisation – ce que certains appellent la “littératie statistique”.

Nous sommes pourtant loin de dire que l’approche quantitative est le seul moyen efficace de faire de la recherche scientifique : les études qualitatives et l’approche inductive en sciences sociales, comme la théorie ancrée, ont permis aux chercheurs de mettre en lumière pourquoi et comment certaines dynamiques sociales se développent. Une grande partie de ce travail a contribué à l’élaboration des déterminants de la santé utilisés aujourd’hui dans l’élaboration des politiques de santé publique.

Les statistiques restent néanmoins au cœur de la plupart des études biomédicales et dans les sciences car elles véhiculent un sens d’objectivité dans notre observation du monde. Les statistiques sont «neutres» car leur collecte et leur analyse ne doivent théoriquement pas dépendre de la perception de l’observateur : toute personne ayant les mêmes instruments de mesure, sujets aux mêmes conditions environnementales doit trouver des résultats égaux – l’expérience est reproductible. Avec un contrôle approprié des différentes variables (cf. de Broucker, p. 12), les analystes sont en mesure de réduire les biais d’interprétation qui pourraient nuire à l’objectivité, et donc à la validité de l’expérience. Pourtant, l’objectivité de l’analyse statistique est toujours discutable (cf. Evans, p. 10) et la validité d’une expérience s’appuie toujours fortement sur ​​les compétences de l’analyste.

Ce numéro présente des commentaires signés par des personnalités reconnues du monde des statistiques ainsi que des articles et des essais d’étudiants enthousiastes d’appliquer ce qu’ils ont appris dans leurs cours d’analyse statistique et de méthodes de recherche.

 

Je tiens à remercier chaleureusement nos contributeurs invités Constantine Daskalakis, Patrice de Broucker, Michael Evans et John Pullinger pour leur soutien à cette initiative étudiante pour engager les étudiants à développer et à partager leurs propres travaux de recherche en sciences de la santé. Je remercie également Katrine Dragan, conceptrice de la page de couverture de ce numéro ; Raywat Deonandan, notre conseiller académique ; tous les étudiants qui ont répondu au défi d’écrire et de soumettre un manuscrit à la révision par les pairs, et l’équipe éditoriale qui, par son travail, contribue directement au développement des étudiants et au progrès du savoir en sciences de la santé.

 

Cellard, J. (1980). Les 500 racines grecques et latines les plus importantes du vocabulaire francais (Vol.2). Paris-Gembloux (France): Editions Duculot.

Lecture recommandée :

Haverland, M., & Yanow, D. (2012). A Hitchhiker’s Guide to the Public Administration Research Universe: Surviving Conversations on Methodologies and Methods. Public Administration Review, 72(3), 401-408.

The following two tabs change content below.

Gatien de Broucker

Économiste de la santé | Health Economist at Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health
Gatien is studying health economics at Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health. He has a keen interest for health literacy and the management and development of health knowledge. He was Editor-in-Chief of the IJHS between 2013 and 2014.

Commentez / Comment: