Le Pouvoir de l’Activité Physique: Une nouvelle prophylaxie contre la maladie d’Alzheimer

Print Friendly, PDF & Email

La mémoire est l’une des plus importantes fonctions du cerveau. Elle est nécessaire dans tous les aspects de notre vie. Malheureusement, une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux dégrade la mémoire et les fonctions cognitives de certaines personnes. Un nouveau cas de maladie neurodégénérative est diagnostiqué dans le monde toutes les quatre secondes (Brinke et al., 2013). Cela signifie que d’ici 2050, plus de 115 millions de personne dans le monde auront une forme de démence (Brinke et al., 2013). La condition la plus répandue est la maladie d’Alzheimer. De nos jours, le monde compte 47.5 millions de personnes atteintes, dont 747 000 Canadiens (Société d’Alzheimer du Canada, 2015). Si rien ne change, ce chiffre doublera à 1.4 millions d’ici 2031.  Pourtant, plusieurs recherches confirment les bienfaits d’un remède contre la perte de la mémoire : l’activité physique. En effet, un cas sur sept de la maladie d’Alzheimer pourrait être évité si les personnes sédentaires devenaient physiquement plus actives (Zafar, 2013). Selon une méta-analyse conduite en 2009, l’activité physique réduit de 45% le risque de développer la maladie d’Alzheimer (Hamer & Childa, 2009). Ceci est possible par deux voies : directe et indirecte.

Mécanisme 

D’une part, l’activité physique stimule directement la prolifération des facteurs de croissances. Ceux-ci sont des composés chimiques dans le cerveau qui sont responsables de la croissance des cellules nerveuses et des vaisseaux sanguins alimentant l’hippocampe, le centre de la mémoire (Brinke et al., 2013). Selon Dre Tiffany Chow, expert en maladie d’Alzheimer à Toronto, l’exercice physique favorise la circulation du glucose et de l’oxygène dans le cerveau (Zafar, 2013). Par conséquent, l’activité physique peut non seulement retarder le début de la démence chez les individus bien portants mais aussi ralentir le déclin des fonctions cognitives et réduire le taux de mortalité chez les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer (Paillard, Rolland, & De Souto Bareto, 2015). D’après la même source, l’exercice physique est associée à une augmentation du flux sanguin dans le cerveau, à l’augmentation de la taille de l’hippocampe de même qu’a un taux élevé de facteurs neurotrophique (ou facteurs de croissance) dans le plasma. Ces facteurs protègent les neurones contre les blessures et les maladies.

D’autre part, l’activité physique améliore indirectement la mémoire et les fonctions cognitives lorsqu’elle améliore l’humeur, le sommeil, et réduit l’anxiété (Brinke et al., 2013). En outre, les rats qui courent volontairement 10 à 15 kilomètres en 24 heures ont un score plus élevé sur les tests de mémoire et d’apprentissage spatial comparé aux rats sédentaires (Marosi & Mattson, 2013). Par ailleurs, une autre étude avec des sujets humains souffrant de déficience cognitive moyenne et sévère, associe l’activité physique à une amélioration de la mémoire (Volkers & Scherder, 2014). Cependant, il ne s’agit pas ici de n’importe quelle forme d’exercice physique.

Type d’exercice physique 

Les exercices aérobiques permettent l’élargissement de l’hippocampe, notamment la région responsable de la mémoire verbale et de l’apprentissage contrairement aux exercices de résistance musculaire et d’équilibre qui ont très peu d’influence sur la mémoire (Brinke et al., 2013). L’agence de la santé publique du Canada (2010) recommande 150 minutes d’activités aérobiques d’intensité moyenne à vigoureux par semaine; ce qui peut paraitre beaucoup pour les personnes sédentaires. Celles-ci peuvent marcher rapidement pendant une heure chaque jour et augmenter leur performance de manière régulière afin d’atteindre les recommandations. Plusieurs recherches sur la mémoire démontrent les bienfaits de la marche rapide  (Paillard, Rolland & De Souto Barreto, 2015). Selon, la même source, deux facteurs accroissent l’effet de l’activité physique sur la mémoire : la socialisation et la motivation. En effet, les personnes qui tiennent une conversation durant la marche rapide ont mieux réussies les tests de mémoire que celles qui ont marché toutes seules. Aussi, les rats qui couraient volontairement (c’est-à-dire dont la motivation était élevée) avaient une meilleure mémoire que ceux qui étaient forcé à courir. En ce qui concerne la durée de l’exercice physique, une étude révèle la présence d’avantages cognitifs après seulement quatre semaines (Nouchi et al., 2013).

De tout ce qui précède, le lien entre l’activité physique et la mémoire est indéniable. Soit l’exercice physique augmente directement les facteurs de croissance du cerveau, soit il agit indirectement sur la mémoire en améliorant l’humeur et le sommeil. Il faut 150 minutes d’exercices aérobiques par semaine pour maintenir une bonne santé mentale. Ceci pourrait avoir un grand impact sur la santé publique car c’est une intervention moins dispendieuse. Hormis, la protection contre les maladies coronariennes, le diabète, la pression artérielle, la dépression et l’anxiété, l’activité physique offre également un avantage contre les maladies neurodégénératives. L’activité physique n’est peut-être pas loin d’être la panacée à tous les maux du XXIème siècle.

Référence 

Alzheimer Society Canada (2015) Dementia numbers in Canada. Retrieved from http://www.alzheimer.ca/en/About-dementia/What-is-dementia/Dementia-numbers

Brinke, L. F. T., Bolandzadeh, N., Nagamatsu, L., Hsu, C. L., Davis, J. C., Miran-Khan, K., & Liu-Ambrose, T. (2013). Aerobic exercise increases hippocampal volume in older women with probable mild cognitive impairment: a 6-month randomised controlled trial. British  Journal of Sports Medecine. doi:10.1136/bjsports-2013-093184

Hamer, M., & Childa, Y. (2009). Physical activity and risk of neurodegenerative disease: a systematic review of prospective evidence. Psychological Medicine, 39(1), 3-11. doi:10.1017/S0033291708003681

Paillard, T., Rolland, Y., & De Souto Barreto, P. (2015). Protective Effects of Physical Exercise in Alzheimer’s Disease and Parkinson’s Disease: A Narrative Review. Journal of Clinical Neurology, 11(3), 212-219. doi:10.3988/jcn.2015.11.3.212

Public Health Agency of Canada (2010) Chapter 3: The Health and Well-being of Canadian   Seniors, The Chief Public Health Officer’s Report on The State of Public Health in Canada 2010. Retrieved from http://www.phac-aspc.gc.ca/cphorsphc-respcacsp/2010/fr-rc/cphorsphc-respcacsp-06-eng.php

Marosi, K., & Mattson, M. P. (2013). BDNF Mediates Adaptive Brain and Body Responses to Energetic Challenges. Trends in Endocrinology & Metabolism, 25(2), 89-98. doi: 10.1016/j.tem.2013.10.006

Nouchi, R., Taki, Y., Takeuchi, H., Sekiguchi, A., Hashizume, H., Nozama, T., Nouchi, H., & Kawashima, R. (2013). Four weeks of combination exercise training improved executive functions, episodic memory, and processing speed in healthy elderly people. doi: 10.1007/s11357-013-9588-x

Volkers, K. M., & Scherder, E. J. A. (2014). Physical Performance Is Associated with Working Memory in Older People with Mild to Severe Cognitive Impairment. BioMed Research International. doi:10.1155/2014/762986

Zafar, A. (2013). Alzheimer’s prevention strategy prescribes exercise. CBC News Health. Retrieved from http://www.cbc.ca/news/health/alzheimer-s-prevention-strategy-prescribes-exercise-1.1304156

The following two tabs change content below.

Cendra Kidjo

Cendra Kidjo détient un Baccalauréat spécialisé en Science de la Santé avec mineure en Administration des Affaires à l'Université d'Ottawa. Elle a gagné le premier prix au concours provincial de français de l'Ontario en 2010. Elle a acquis de l’expérience dans le domaine de la recherche en travaillant avec plusieurs professeures à l'Université d'Ottawa notamment la Dre Linda Garcia et la Dre Angel Foster. Elle a aussi entrepris un stage de recherche en chimie à l'École Normale Supérieure de Lyon sous la supervision du professeur Philippe Maurin.

Commentez / Comment: