Des services de santé pour tous? Les défis des francophones en situation minoritaire au Canada

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La population québécoise est majoritairement francophone. En contraste, les francophones habitant dans les autres provinces et les territoires vivent dans des communautés minoritaires. Plus d’un million de Canadiens vivant à l’extérieur du Québec ont déclaré le français comme langue maternelle (Statistique Canada, 2012). Ces francophones en situation minoritaire font face à des défis relatifs aux services de santé, notamment l’accès, l’offre active et la qualité de services en français.

Selon le principe d’accessibilité de la Loi canadienne sur la santé, les Canadiens devraient avoir un accès satisfaisant aux services de santé assurés. En Ontario, la Loi sur les services en français garantit l’accès à des services en français aux 239 organismes désignés (Désignation d’organismes offrant des services publics, 2015). Cependant, les francophones en minorité linguistique ont un accès moindre aux services de santé dans leur langue. Selon l’étude de Bouchard et Desmeules (2011), 65 % des francophones apprécient beaucoup l’accès aux services de santé, comparé à 71 % des anglophones. De plus, seulement 65 % des francophones sont satisfaits par la qualité des services contrairement à 73 % des anglophones (Bouchard et Desmeules, 2011).

Mise en contexte

 Une étude par Lacaze-Masmonteil et al. (2013) a relevé des défis d’accès aux services de santé en français chez les femmes enceintes en contexte linguistique et culturel minoritaire, en Alberta et au Nouveau-Brunswick. Bien que la majorité des participantes s’identifiaient comme bilingues, elles ont indiqué qu’elles avaient besoin de s’exprimer en français lors de situations de stress telles que l’accouchement.

Le français est également plus qu’un outil de communication pour les francophones vivant avec le VIH/SIDA en Ontario, selon une étude par Samson et Spector (2012). Les participants de cette étude nés au Canada, ont expliqué qu’ils perçoivent leur francophonie comme une partie intégrale de leur identité. Par conséquent, ils interprètent les campagnes de promotion et la prestation de services en anglais par les organismes de service de SIDA comme une négation de leur culture (Samson et Spector, 2012). Les participants qui ne maîtrisaient pas l’anglais rapportaient un sentiment d’isolement lors des interactions avec les organismes de service de SIDA, en plus de l’isolement ressenti face au au statut de VIH/SIDA (Samson et Spector, 2012).

Défis à relever

 Le statut d’immigrant nécessite d’être considéré dans les discussions des francophones en situation minoritaire au Canada. Les Néo-Canadiens francophones en contexte minoritaire linguistique souffrent d’une double pénalisation reliée aux effets d’être immigrants et de vivre en contexte minoritaire (Taka, 2013). Les francophones immigrants et non-immigrants expriment des problèmes communs, tels que la difficulté à trouver un docteur de famille qui parle français et les effets néfastes de la barrière linguistique (Ngwakongnwi, Hemmelgarn, Musto, Quan et King-Shier, 2012). Les problèmes suivants sont associés à la barrière linguistique : la difficulté de s’exprimer et la peur d’être mal compris, le délai de consultation d’un médecin, la détresse émotionnelle avant la visite, l’insatisfaction des soins reçus, et le risque d’erreurs médicales. Les francophones immigrants ont relevé en surplus le manque de couverture d’assurance des médicaments, le manque de transport, et les connaissances limitées du système de santé comme défis (Ngwakongnwi et al., 2012).

Garcia et al. (2014) soulignent l’importance de la communication dans le processus du diagnostic de la démence chez les francophones en situation minoritaire. Les auteurs expliquent que lorsque la langue dans laquelle le client est plus confortable et compétent n’est pas la même que celui du professionnel de la santé, il y a un risque que l’information partagée soit incomplète ou inexacte. Les nuances nécessaires au diagnostic, telles que distinguer entre le manque de mémoire temporaire et les problèmes de mémoire à long-terme, peuvent empêcher les clients de recevoir le diagnostic de la démence (Garcia et al., 2014). De plus, l’accès moindre à de l’information compréhensive en français au sujet des signes et symptômes de la démence, limite la capacité des francophones avec la démence et leurs familles à identifier ces signes et symptômes (Garcia et al., 2014).

L’accès, l’offre active, et la qualité des services de santé inférieurs, représentent des iniquités du système des soins au Canada. Ces réalités rendent les francophones en situation minoritaire plus vulnérables que les anglophones en situation majoritaire. Les services de santé en français sont notamment importants en situation de stress, en prévention et promotion de la santé, en contexte de culture minoritaire, et en présence de maladies stigmatisées, chez les immigrants et lors d’un diagnostic différentiel.

 

Références

Bouchard, L., & Desmeules, M. (2011). Minorités de langue officielle du Canada : Égales devant la santé? Québec, QC : Presses de l’Université du Québec.

Garcia, L. J., McCLeary, L., Emerson, V., Léopoldoff, H., Dalziel, W., Drummond, N., . . . Silvius, J. (2014). The pathway to diagnosis of dementia for Francophones living in a minority situation. The Gerontologist, 54(6), 964-975. doi:10.1093/geront/gnt121

Lacaze-Masmonteil, T., Leis, A., Lauriol, E., Normandeau, J., Moreau, D., Bouchard, L., & Vaillancourt, C. (2013). Perception du contexte linguistique et culturel minoritaire sur le vécu de la grossesse. Revue canadienne de santé publique, 104(6 Suppl. 1), S65-70.

Loi canadienne sur la santé (1985, ch. C-6). Récupéré du site web de la législation (justice) http://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/C-6/

Loi sur les services en français (1990, ch. F.32). Récupéré du site web du Gouvernement de l’Ontario http://www.ontario.ca/fr/lois/loi/90f32

Ngwakongnwi, E., Hemmelgarn, B. R., Musto, R., Quan, H., & King-Shier, K. M. (2012).

Experiences of French speaking immigrants and non-immigrants accessing health care services in a large Canadian city. International Journal of Environmental Research and Public Health, 9(10), 3755-3768. doi:10.3390/ijerph9103755

Règlement de l’Ontario 398/93 : Désignation d’organismes offrant des services publics. (2015). Récupéré du site web du Gouvernement de l’Ontario http://www.ontario.ca/fr/lois/reglement/930398

Samson, A. A., & Spector, N. M. P. (2012). Francophones living with HIV/AIDS in Ontario: The unknown reality of an invisible cultural minority. AIDS Care, 24(5), 658-64. doi:10.1080/09540121.2011.630350

Statistique Canada. (2012). Le français et la francophonie au Canada : Langue, recensement de la population en 2011. Recensement en bref. (Numéro au catalogue 98-314-X2011003). Récupéré du site web de Statistiques Canada http://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2011/as-sa/98-314-x/98-314-x2011003_1-fra.pdf

Taka, M. C. B. (2013). Sorry, I don’t speak French : Les pouvoirs publics et la santé mentale des immigrants et réfugiés vivant en contexte francophone minoritaire. Ottawa, ON : Université d’Ottawa.

Image par Rhoda Baer du National Cancer Institute

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My-An Auprix

Senior Editor of the Interdisciplinary Journal of Health Sciences. Bachelor of Science in Nursing, University of Ottawa, Class of 2016. Honours Bachelor of Health Sciences, University of Ottawa, May 2014.

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