L’accroissement des premiers soins psychologiques aux réfugiés de guerre et de catastrophes naturelles

Print Friendly, PDF & Email

Autrefois, la sélection des soldats au combat se basait sur leur résilience aux évènements traumatiques, mais depuis la deuxième guerre mondiale, les psychologues ont remarqué que « tout le monde peut craquer après un certain niveau de stress » (Magee, 2006; Almedom et Glandon, 2007). Ainsi, plusieurs outils ont été mis en place pour réhabiliter les vétérans de guerre à la société. Mais qu’en est-il des personnes qui ne participent pas à la guerre mais qui subissent les séquelles de ces conflits? En effet, en période de crise, de guerre, ou même de désastre naturel, la priorité est donnée à la santé physique des réfugiés ou sinistrés. Leur santé psychologique, quoiqu’importante, est peu discutée dans la littérature scientifique et pas du tout abordée dans les médias.

Pourtant, plus de la moitié de la population des zones de guerre présente une ou plusieurs formes de problèmes mentaux directement corrélés au taux d’exposition aux traumas (Murthy et Lakshminarayana, 2006). De surcroît, 10% de cette population développera des comportements qui limiteront leurs activités journalières et domestiques. Que ce soit au Pakistan ou en Somalie, les femmes et les enfants sont d’autant plus vulnérables (Murthy et Lakshminarayana, 2006). Selon Médecins Sans Frontières (2013), le nombre de nouveaux cas de troubles mentaux sévères parmi les Syriens qui ont pris refuge en Iraq a doublé en seulement une année.

Ceci n’est pas une cause perdue car ces troubles sont traitables. L’Organisation mondiale de la santé a élaboré une liste de 10 recommandations pour aider les pays hôtes à procurer des services adéquats pour cette population cible (OMS, 2001). La formation de professionnels de la santé, la sensibilisation auprès des communautés, et surtout l’inclusion des services de santé mentale au sein de l’unité de premiers soins en sont quelques exemples. Si les membres de la population hôte ne renforcent pas le sentiment de sécurité et l’esprit de communauté des réfugiés, ces recommandations vont-elles porter fruit?

Dans l’intention d’optimiser l’impact des services de santé mentale, les premiers soins psychologiques sont donnés sur le terrain aux populations qui ont subi des évènements traumatiques comme une épidémie, un désastre naturel, ou une guerre. Ces soins suivent des lignes directrices simples et faciles d’accès à quiconque voulant offrir un soutien social, physique et émotionnel (OMS, 2011). Il est important de souligner que les premiers soins psychologiques ne consistent pas à obliger les sinistrés à raconter ni analyser leur histoire. C’est plutôt une meilleure solution comparée au « débriefing psychologique » qui n’est pas du tout efficace.

Au Canada, l’offre de services de santé mentale est inférieure à la demande générée par l’influx de réfugiés Syriens (Agic, Kwame, Tuck et Antwi, 2016). De plus, les services accessibles ne sont pas culturellement adaptés aux besoins linguistiques des réfugiés (Agic et al., 2016). Selon une étude de Cleveland et Rousseau (2013), la détention des réfugiés dans les centres de surveillance de l’immigration augmente l’incidence des troubles mentaux. La commission de la santé mentale du Canada cible les déterminants sociaux de la santé, notamment l’accès à un emploi, à un logement et à l’éducation, pour favoriser l’inclusion de cette population. En effet, le chômage augmente les risques de maladies mentales chez les réfugiés (Fazel, Wheeler, et Danesh, 2005).

En résumé, la fluidité des frontières nationales facilite le refuge des habitants de zones de conflits et de désastres naturels. De ce fait, naît une nécessité de sensibiliser la population hôte sur les moyens d’offrir du soutien à ces personnes qui ont un bagage d’évènements stressants. Grâce aux premiers soins psychologiques que tout le monde peut offrir, ils peuvent se sentir en sécurité et s’épanouir au sein de la société.

 

Références

Agic, B., Kwame, M., Tuck, A. & Antwi, M. (2016). Appuyer la santé mentale des réfugiés au Canada. Commission de la santé mentale du Canada. Répéré à http://www.mentalhealthcommission.ca/sites/default/files/2016_-_sante_mental_des_refugies_0.pdf

Almedom, A. M., & Glandon, D. (2007). Resilience is not the absence of PTSD any more than health is the absence of disease. Journal of Loss and Trauma, 12(2), 127-143.

Cleveland, J. & C. Rousseau. (2013). Symptômes psychiatriques associés à la brève détention de demandeurs d’asile adultes au Canada. Revue canadienne de psychiatrie, 58(7), 409-416.

Fazel, M., Wheeler, J. & Danesh. J. (2005). Prevalence of serious mental disorder in 7000 refugees resettled in western countries: a systematic review. The Lancet, 365(9467), 1309-1314.

Magee, D. (2006). PTSD: Only the name has changed. WCF Courier. Répéré à http://wcfcourier.com/news/metro/ptsd-only-the-name-has-changed/article_394eabda-6a67-5b42-ab5b-2643c4158f11.html

Médecins Sans Frontières. (2013). Syria: An invisible crisis – Alarming psychological needs among refugees in Iraq. Répéré à http://www.msf.org/article/syria-invisible-crisis-alarming-psychological-needs-among-refugees-iraq

Murthy, R. S., & Lakshminarayana, R. (2006). Mental health consequences of war: A brief review of research findings. World Psychiatry, 5(1), 25-30.

World Health Organization. (2011). Psychological first aid: Guide for field workers. Répéré à  http://www.who.int/mental_health/publications/guide_field_workers/en/

World Health Organization. (2001). World health report 2001 – Mental health: New understanding, new hope. Répéré à http://www.who.int/whr/2001/en/whr01_en.pdf?ua=1

The following two tabs change content below.

Cendra Kidjo

Cendra Kidjo détient un Baccalauréat spécialisé en Science de la Santé avec mineure en Administration des Affaires à l'Université d'Ottawa. Elle a gagné le premier prix au concours provincial de français de l'Ontario en 2010. Elle a acquis de l’expérience dans le domaine de la recherche en travaillant avec plusieurs professeures à l'Université d'Ottawa notamment la Dre Linda Garcia et la Dre Angel Foster. Elle a aussi entrepris un stage de recherche en chimie à l'École Normale Supérieure de Lyon sous la supervision du professeur Philippe Maurin.

Commentez / Comment: