Les risques associés à l’utilisation inappropriée des stéroïdes anabolisants

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Authors: Marie-Claudel BORGEAT & James GOMES
Article in French only.

Résumé

Notre société accorde une grande importance à la beauté et à la performance physique. Il n’est donc pas surprenant qu’une fraction non négligeable de gens aient recours à des méthodes draconiennes pour atteindre ces objectifs, ou s’en rapprocher. Une des méthodes les plus populaires est l’utilisation abusive de stéroïdes anabolisants. Plusieurs études ont évalué les effets indésirables et néfastes de ces composés à des doses “supra-physiologiques”. Nous présentons donc ici une révision et une synthèse de ces effets afin de mieux comprendre la nocivité de ces stéroïdes anabolisants quand ils sont mal utilisés.

Introduction

Malgré leur présence et synthèse endogène dans les mammifères et plusieurs autres espèces animales, la synthèse d’hormones stéroïdes dans le domaine pharmaceutique existe principalement pour des buts thérapeutiques, tels que des thérapies de remplacement d’hormones chez les femmes et les hommes souffrant d’une insuffisance ainsi que pour le traitement de problèmes gynécologiques (Mottram & George, 2000).

La testostérone a été isolée pour la première fois en 1935 par David et al. (Kanayama, Hudson, & Pope, 2008). L’utilisation de dérivé de testostérone pour des fins d’amélioration d’une performance physique semble avoir débuté en 1954 lors d’une compétition d’haltérophiles russes à Vienne (Kanayama et al., 2008; Mottram & George, 2000). La prise de stéroïdes est ensuite devenue une pratique chez les haltérophiles américains ;  par la suite,  les stéroïdes ont été  utilisés par des athlètes  d’autres sports (Kanayama et al., 2008; Mottram & George, 2000).

Ce n’est que  depuis les années 1970 que nous pouvons détecter ces composés synthétiques. L’interdiction de la prise de stéroïdes chez les athlètes par le Comité International Olympique (CIO) s’est faite en 1975, et les premiers dépistages lors des Jeux Olympiques de 1976 à Montréal (Mottram & George, 2000). Lors des tests de dépistage effectués entre 1993 et 1997 par le CIO, il y a eu moins de 2% de résultats positifs, et ce, pour n’importe quelle drogue. Par contre, les stéroïdes anaboliques sont les composés chimiques les plus identifiés parmi la liste des substances interdites du CIO (Mottram & George, 2000). Même si ces données concernant la prévalence de ces produits sont assez faibles, nous avons plusieurs raisons de croire que la vraie valeur est plus élevée. Par exemple, les athlètes ont adapté leurs régimes de stéroïdes pour qu’il n’y ait pas de détection, puisque celle-ci  est effectuée lors des compétitions (Mottram & George, 2000). L’utilisation inappropriée des stéroïdes s’est propagée des sportifs professionnels aux amateurs,  incluant ceux provenant des écoles secondaires et des collèges (Kanayama et al., 2008; Kutscher, Lund, & Perry, 2002; Mottram & George, 2000). Il est estimé qu’environ 50% des culturistes prennent des stéroïdes  bien que ces substances ne soient pas permises en compétition; peu de tests de dépistage sont faits, ce qui ne dissuade donc pas les utilisateurs (Kutscher et al., 2002).

Le phénomène de « beauté musclée »  a aussi été propagé par les médias, ce qui a aussi incité la  population  en général à prendre des stéroïdes (Kanayama et al., 2008). Plusieurs guides de références secrets ont été écrits pour les utilisateurs de stéroïdes illicites dont : « Original Underground Steroid Handbook » par Daniel Duchaine et « Anabolic Reference Guide » par W. Phillips (Kanayama et al., 2008). Il se trouve que, présentement, la majorité des utilisateurs de ces drogues ne sont pas des athlètes  de compétition, mais plutôt des gens qui  font de l’entraînement comme passe-temps et qui veulent développer leur muscles davantage (Kanayama et al., 2008). On estime que jusqu’à 6.6% des adolescents utilisent des stéroïdes anabolisants pour des fins inappropriées (Buckley et al., 1988), tandis que l’utilisation chez les adultes se trouve entre 5 et 15%, l’incidence étant plus élevée chez les hommes (Kutscher et al., 2002; Mottram & George, 2000; Petrocelli, Oberweis, & Petrocelli, 2008). Les stéroïdes anabolisants représentent la substance la plus consommée pour augmenter la performance athlétique, suite seulement je ne comprends pas le sens de cette expression que j’ai soulignée à la créatine (Kutscher et al., 2002).

Les stéroïdes anabolisants sont des dérivés synthétiques de la testostérone, une hormone endogène synthétisée à partir du cholestérol. D’une part, celle-ci est importante pour la masculinisation, c’est-à-dire au développement des caractéristiques sexuelles primaires et secondaires chez les mâles, et d’ autre part, à l’augmentation de la masse musculaire par la synthèse accrue de protéine, soit son effet anabolisant (Kanayama et al., 2008; Mottram & George, 2000). Les stéroïdes anabolisants synthétiques ont été créés avec l’intention d’augmenter leur effet anabolisant  bien qu’il soit impossible d’éliminer tous les autres effets androgéniques (Mottram & George, 2000). La testostérone a été modifiée de trois manières différentes, ce qui a donné trois classes de stéroïdes anabolisants. La première classe peut être injectée à l’aide d’une aiguille, la deuxième et la troisième classes sont des composés qui peuvent être pris oralement ; par contre, la dernière possède une puissance élevée et un métabolisme plus lent (Mottram & George, 2000). Les stéroïdes anabolisants font partie de la classe plus large d’agents anabolisants  incluant les bêta-agonistes, tels que le salbutamol, le clenbutérol et le terbutaline, qui sont des agents utilisés à d’autres fins, qui n’ont pas une structure stéroïdienne, mais qui possèdent tout de même des propriétés anabolisantes (Mottram & George, 2000) et ne seront donc pas abordés davantage dans ce projet. Les stéroïdes anaboliques exogènes seront le sujet de cette revue, et principalement ceux pris de façon inappropriée,  c’est-à-dire qui ne sont pas consommés médicalement. Voici quelques exemples de stéroïdes anaboliques : testostérone énanthate, nandrolone, oxandrolone, androsténédiol, méthénolone,  parmi tant d’autres (Mottram & George, 2000).

Les effets secondaires et indésirables associés à la prise de stéroïdes anabolisants sont causés par leur action au niveau des systèmes cardiovasculaire et reproducteur, de l’axe neuroendocrinien et  du foie, autres. Notre but est donc d’étudier leur fréquence à travers la population à risque, ainsi que les effets les plus communs chez  ceux qui abusent de ces stéroïdes. Nous cherchons aussi   à mieux comprendre les risques reliés  à l’utilisation des stéroïdes anabolisants chez les athlètes, les sportifs, et également dans la population en général, bref, chez tous ceux qui utilisent ces composés de manière inappropriée.

Méthodologie

Nous avons utilisé trois classes de mots-clés pour faire notre recherche. La première regroupe les mots pour identifier nos composés (ex : anabolic steroids OR doping in sport), la deuxième classe de mots concerne la population voulue (ex : athletes OR bodybuilding) et la dernière classe vise les effets sur la santé (ex : adverse effect OR medical effect). Ces trois classes de mots ont été regroupées  par «AND». Voici les diverses bases de données qui ont été utilisées : Ovid MEDLINE (R) In-process & Other Non-Indexed Citations and Ovid MEDLINE (R), Ovid MEDLINE (R) Embase et Web of Science.  Sur une année de publication  dans les dix dernières années et des sujets de recherche qui se limitent aux humains, nous avons trouvé 1440 articles (respectivement 438, 517 et 485 articles). Après avoir enlevé les  doublets et avoir trié les articles avec les critères d’inclusion et d’exclusion,  il nous reste  quatre-vingt huit articles.

Les critères d’inclusion étaient : les articles doivent 1) avoir été publiés entre les années 2000 à 2010, 2) avoir été publiés en anglais ou en français, 3) présenter des données sur les stéroïdes anabolisants seulement et non sur un autre agent anabolisant, et 4) les sujets de recherche doivent être  des sportifs, des athlètes ou des utilisateurs dans la population générale. Le critère pour lequel nous avons exclus des articles  est l’utilisation de sujet animal ou d’humain traité médicalement. Il n’y a qu’un seul critère donc pas de pluriel ni de numéro.

Résultats

L’abus des stéroïdes anabolisants peut amener plusieurs problèmes de santé chez les humains. Certains de ces effets disparaissent lorsque l’utilisation des stéroïdes est arrêtée mais d’autres persistent. Selon quatre revues de la littérature sur les stéroïdes anaboliques, voici quelques-uns des effets néfastes, mais tous ne sont pas encore prouvés scientifiquement, ou ont été observés dans de rares cas, et d’autres recherches devraient être entreprises (Kanayama et al., 2008; Kutscher et al., 2002; Mottram & George, 2000) :

  • Problèmes cardiovasculaires : Hypertension, athérosclérose, cardiomyopathie, hypertrophie du ventricule gauche, dyslipidémie, ischémie du myocarde, augmentation de la coagulation du sang, agrégation des plaquettes, arythmie, mort causée par des problèmes cardiaques, diminution des HDL et augmentation des LDL, thrombose, vasospasme de l’artère coronaire, augmentation de la pression sanguine (Kanayama et al., 2008; Kutscher et al., 2002; Mottram & George, 2000; Petrocelli et al., 2008)
  • Problèmes neuroendocriniens : suppression de l’axe hypothalamique-pituitaire-testiculaire, hypogonadisme qui peuvent amener l’infertilité et une dépression majeure, hypertrophie de la prostate, diminution des hormones LH et FSH (Kanayama et al., 2008; Kutscher et al., 2002; Mottram & George, 2000)
  • Problèmes du foie : jaunisse, carcinome hépatique, péliose hépatique, cholestase intra-hépatique, adénomes ou carcinomes hépatocellulaires, angiosarcome hépatique, rupture hépatique spontanée, test de la fonction hépatique élevé, cancer de la prostate (Kanayama et al., 2008; Kutscher et al., 2002; Mottram & George, 2000; Petrocelli et al., 2008)
  • Problèmes sexuels : diminution des spermatozoïdes, azoospermie, augmentation des spermatozoïdes immobiles et diminution de la motilité des spermatozoïdes (Kutscher et al., 2002; Mottram & George, 2000; Petrocelli et al., 2008)
  • Régulation de la glycémie : résistance  à l’insuline, diminution de la tolérance du glucose et diabète de type 2 (Mottram & George, 2000)
  • Problèmes psychiatriques et comportement aux : manie, trouble bipolaire, dépression, dépendance, augmentation de l’hostilité et de l’agression, suicide, utilisation plus fréquente de drogues différentes (Kanayama et al., 2008; Kutscher et al., 2002; Mottram, George, 2000; Petrocelli et al., 2008)
  • Autres : Apoptose cellulaire, diminution de la libido, gynécomastie, dommage aux tendons, acné et autres changement dans la peau (Kanayama et al., 2008; Kutscher et al., 2002; Mottram & George, 2000; Petrocelli et al., 2008)
  • Chez les femmes : hirsutisme, acné,  voix devenue plus grave, hypertrophie du clitoris, diminution de la masse des seins, diminution de la menstruation, augmentation de l’appétit, calvitie (Kutscher et al., 2002)

Notre revue de  littérature nous a informés sur ces différents effets néfastes sur la santé :

Problèmes cardiovasculaires

Les effets néfastes les plus souvent associés avec la prise de stéroïdes anabolisants semblent être les problèmes cardiovasculaires. Plusieurs de ces effets sont présentés dans le Tableau 1. Nous retrouvons dans la littérature plusieurs études de cas indépendants de gens qui se présentent chez un praticien de la santé avec des symptômes, sans soupçonner que ceux-ci peuvent être reliés aux stéroïdes. Un de ces cas décrit des douleurs thoraciques causées par un infarctus aigu du myocarde chez un culturiste professionnel de 31 ans ayant un historique de  dix ans d’abus de stéroïdes anabolisants, dont l’énanthate, le décanoate, et le sipanate (Wysoczanski, Rachko, & Bergmann, 2008). Le diagnostic : une lésion obstructive à l’athérothrombose de l’artère coronaire droite qui aurait été favorisé par l’abus des stéroïdes. Un deuxième cas est celui d’un culturiste de 40 ans qui se présente  à l’urgence suite à  plusieurs symptômes qui persistent et s’aggravaient depuis un mois. Cet athlète recevait depuis un certain temps des injections, en doses progressivement élevées, d’éthandrosténolone, de nandrolone décanoate, d’éphédra et de g-hydroxybutyrate. Une apparition récente d’insuffisance cardiaque congestive due à une cardiomyopathie dilatée non ischémique  a été diagnostiquée, ainsi qu’une hépatite aiguë avec une insuffisance rénale précoce (Clark & Schofield, 2005). Finalement, un ex-culturiste  dans la jeune quarantaine arrive à l’hôpital souffrant d’une insuffisance cardiaque reliée à une cardiomyopathie dilatée. Il admet avoir pris deux  traitements de testostérone énanthate quatre ans auparavant,  et s’être servi de furosémide, de spironolactone et d’ hydrochlorothiazide pour  perdre du poids avant ses compétitions. L’entrevue avec ses parents révèle qu’il prenait probablement aussi des hormones de croissance. Les spécialistes ont conclu que son insuffisance cardiaque  était due  à l’utilisation inappropriée de ces stéroïdes (Ahlgrim & Guglin, 2009).

Il existe aussi des études empiriques où la santé cardiovasculaire est comparée  entre des groupes prenant des stéroïdes, ou ayant pris des stéroïdes  et un groupe témoin n’ayant jamais pris de stéroïdes anabolisants. Climstein, O’Shea, Adams, et DeBelisoet (2003) ont démontré des mouvements anormaux de la paroi du ventricule gauche du cœur  chez un groupe de  vingt-trois athlètes ayant consommé une dose physiologique minimale de stéroïdes anabolisants  pendant un minimum de  deux ans, comparés  à un groupe d’athlètes n’ayant jamais utilisé de stéroïdes. Une étude par échocardiogramme démontre une restructuration concentrique marquée du ventricule gauche chez des athlètes qui utilisent des stéroïdes, comparés à des hommes sédentaires non utilisateurs (Karila, Karjalainen, Mäntysaari, Viitasalo, & Seppälä, 2003), tandis qu’une dysfonction précoce du myocarde du ventricule gauche a été démontrée par les échocardiogrammes de  vingt culturistes utilisant des stéroïdes anabolisants depuis plus de cinq ans (D’Andrea et al., 2007). Le rapport démontre que les  vingt athlètes consommaient des stéroïdes anabolisants ainsi que des hormones de croissance (Karila et al., 2003), tandis que les culturistes s’administraient une variété de stéroïdes  par injections intramusculaires (méténolone, nandrolone ou testostérone estérifiée) et/ou par ingestion orale (fluoxymestérone, mestérolone, méténolone, métandienone, oxandrolone et oxymétholone (D’Andrea et al., 2007).

Une quatrième étude a comparé des culturistes n’utilisant pas de stéroïdes ainsi que des personnes sédentaires ne démontrant aucune utilisation à des culturistes ayant pris des stéroïdes anabolisants par voie orale (stanozolol, méténolone, nandrolone, testostérone, oxymétholone, méthandrosténolone et/ou drostanolone) en  combinaisons et cycles divers (Kasikcioglu, Oflaz, Umman, & Bugra, 2008). Les résultats de l’analyse tissulaire par Doppler et de la vélocité de l’afflux trans-mitral mesuré par échocardiogramme Doppler à impulsions dévoilent une dépression diastolique des deux ventricules, mais surtout du ventricule droit, chez les culturistes traités aux stéroïdes (Kasikcioglu et al., 2008). Une autre étude chez les culturistes utilisant de façon cyclique des stéroïdes anabolisants, tels la nandrolone ou testostérone estérifiée (nandrolone phénylpropionate, nandrolone décanoate, testostérone propionate, testostérone cypionate, testostérone énanthate), ou la winobanin, mestérolone ou testostérone undécanoate, révèle une réduction de la vasodilatation médiée par le débit (FMD – Flow-mediated vasodilation) chez ces culturistes, peu importe la phase du cycle dans lequel l’évaluation se fait. Ces données suggèrent un effet de durée prolongée sur la fonction endothéliale par les stéroïdes anabolisants (Ebenbichler et al., 2001). De plus, le groupe de Urhausen, Albers, et Kindermann (2004) a démontré une légère hypertrophie concentrique du ventricule gauche, avec une certaine indication de diminution de la fonction diastolique chez des athlètes qui utilisaient des stéroïdes depuis  un à huit ans, mais aussi chez ceux ayant  cessé l’utilisation de stéroïdes au moins un an avant le début de l’étude. Ces données démontrent que, malgré l’arrêt de la prise des stéroïdes, plusieurs de leurs effets sur le système cardiovasculaire persistent, et semblent irréversibles.

Finalement, les résultats d’une étude par Graham et al. (2006) démontrent que l’utilisation  à long terme de stéroïdes anabolisants à des doses supraphysiologiques est associée à une hyperhomocystéinémie et une hausse dramatique de la concentration des hématocrites, ce qui est désavantageux pour la santé du cœur  et peut aboutir  à une mortalité cardiovasculaire. En effet, les résultats ddes autopsies de quatre athlètes décédés subitement démontrent qu’ils souffraient tous de la maladie des petits vaisseaux artériolaires, dont une augmentation de l’épaisseur des vaisseaux et une hyperplasie de l’intima (Di Paolo et al., 2007). Des analyses supplémentaires ont confirmé que ces quatre individus consommaient du stanozolol et de la testostérone.

Problèmes hépatiques et rénaux

Des études de cas indépendantes démontrent aussi plusieurs problèmes du système hépatique et du système rénal reliés à la prise de stéroïdes anabolisants chez des culturistes. Le premier, un culturiste de 31 ans, s’est présenté pour des soins médicaux, suite à des nausées et des douleurs abdominales supérieures sévères. Le patient est diagnostiqué  d’une adénomatose hépatique et de saignements. (Bagia, Hewitt, & Morris, 2000). Nous trouvons aussi deux cas de culturistes de 40 ans ayant rapporté l’utilisation de stéroïdes anabolisants depuis plusieurs années, tels la méthandrosténolone, stanozolol, oxymétholone, nandrolone décanoate, testostérone énanthate et trenbolone énanthate etc. (pendant dix ans dans un des cas). Suite à des malaises sévères,   tous deux sont diagnostiqués  de cardiomyopathie qui semble être reliée à une insuffisance hépatique aiguë (Bispo et al., 2009; Clark & Schofield, 2005) et à une insuffisance rénale précoce dans un des cas (Clark & Schofield, 2005). De plus, un culturiste de 27 ans est diagnostiqué  d’ insuffisance rénale en  stade terminal, insuffisance qui semble être causée par la prise de doses élevées de stéroïdes anabolisants, testostérone et clenbutérol, dans ce cas (Hartung, Gerth, Fünfstück, Gröne, & Stein, 2001), tandis qu’un autre, âgé de 21 ans, qui supplémentait sa consommation de stéroïdes avec des vitamines (A, D et E), a été diagnostiqué  de blessure rénale aiguë (Daher et al., 2009).

Problèmes endocriniens

Les problèmes endocriniens rencontrés le plus fréquemment chez les gens qui consomment des stéroïdes anabolisants sont ceux qui affectent  la trajectoire neuroendocrinienne ainsi que le système de reproduction. Daly et al. (2003) ont démontré qu’un régime de méthyltestostérone  pendant trois jours à une dose de 40 mg/jour,  suivi de trois jours à une dose de 240 mg/jour, encadré par trois jours de placebo avant et après, affecte l’homéostasie hormonale de l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique avec un impact minime sur l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien. Un changement dans les taux physiologiques de la testostérone et de la FT4 (paramètre thyroïdien) a été associé au développement de symptômes cognitifs et agressifs (Daly et al., 2003).

L’analyse des résultats d’une étude empirique révèle que la consommation de stéroïdes anabolisants de façon excessive est reliée à une modification athérogène du profil lipidique chez 80% des sujets, et que celle-ci est asymptomatique. Ils ont aussi remarqué plusieurs changements au système reproducteur, soit un hypogonadisme associé  à l’atrophie des testicules, une production diminuée de spermatozoïdes, ainsi qu’une gynécomastie (Bonetti et al., 2008). Par  contre, ces effets semblent réversibles. Un culturiste âgé de 20 ans qui consomme des stéroïdes anabolisants depuis dix mois démontre une azoospermie à son admission hospitalière, un profil d’oligospermie cinq mois après l’arrêt des stéroïdes, et un compte normal de spermatozoïdes dix mois après l’arrêt. (Boyadjiev, Georgieva, Massaldjieva, & Gueorguiev, 2000). Pour contrer des problèmes d’oligozoospermie, certains utilisateurs de stéroïdes anabolisants consomment également des gonadotrophines chorioniques humaines. Karila, Hovatta, et Seppälä (2004) démontrent que l’addition des gonadotrophines chorioniques maintient la production de spermatozoïdes chez  dix-huit athlètes qui utilisent de grandes quantités de stéroïdes anabolisants, mais que la qualité du sperme est altérée.

Autres problèmes

Bien que les problèmes cardiovasculaires, hépatiques, rénaux et endocriniens semblent être les plus répandus, la consommation de stéroïdes anabolisants est aussi associée à d’autres symptômes moins communs. Ceux-ci  incluent des comportements agressifs, dépressifs, ou même des idées suicidaires (Bolding, Sherr, & Elford, 2002). Nous retrouvons aussi des problèmes au site d’injection dans le cas d’administration de stéroïdes anabolisants par ce mode. Ces complications incluent une infection locale de bacilles acido-résistants chez un patient qui s’injectait de façon chronique dans le muscle  fessier (Al-Ismail, Torreggiani, Munk, & Nicolaou, 2002). Par contre, la prévalence d’infection au virus de l’hépatite C est plus basse chez ceux qui s’auto-administrent les stéroïdes anabolisants par injection que chez les gens qui s’injectent d’autres drogues (Aitkena, Delalandeb, & Stanton, 2002). Il existe aussi au moins un cas de rhabdomyolyse localisé au site d’injection répétée (4 x par semaine/7 ans) de stéroïdes (Farkash, Shabshin, & Pritsch, 2009) mais aussi dans le cas douteux d’un patient qui ne se dosait oralement que depuis deux semaines (Braseth, Allison, & Gough, 2001).

Il existe aussi une étude de cas qui relie un  hoquet persistant à la prise chronique et à doses élevées de stéroïdes anabolisants par injection intramusculaire (Dickerman & Jaikumar, 2001); nous pouvons supposer qu’il y avait un effet des stéroïdes  sur le fonctionnement du diaphragme chez ce dynamophile âgé de 35 ans. Nous trouvons aussi les cas de deux patients sans traumatisme de l’encéphale qui se présentent  à l’hôpital avec des maux de tête, des nausées, une vision floue et des épisodes de vomissement. Ceux-ci sont diagnostiqués  comme ayant un hématome sous-dural spontané (Alaraj, Chamoun, Dahdaleh, Haddad, & Comair, 2004). Les médecins spéculent que l’utilisation de stéroïdes anabolisants, d’hormones de croissance et de surplus de protéines  sont à la source des hématomes. De plus, on soupçonne que l’augmentation et la croissance musculaires associées à la prise de stéroïdes aurait rendu un jeune patient de 23 ans plus susceptible à un syndrome de compartiment suite à un accident de motocyclette (Bahia, Platt, Hart, & Baguley, 2000).Je ne comprends pas « de compartiment ».

Jusqu’ à présent, nous avons présenté plusieurs problèmes de santé reliés à l’utilisation de stéroïdes anabolisants. Dans certains cas, ces déficiences sont extrêmes et peuvent être mortelles. En effet, Pärssinen, Kujala, Vartiainen, Sarna, & Seppälä (2000) ont comparé les raisons de décès chez des dynamophiles lors des années 1977 à 1982. Ceux-ci étaient fortement soupçonnés de prendre des stéroïdes anabolisants,  – comportement fréquent dans ce groupe. Les résultats de cette étude suggèrent que, comparé à la population  générale, l’utilisation de stéroïdes anabolisants est associée à plus de décès prématurés,  par le suicide ou par une condition médicale (Pärssinen et al., 2000). Je ne comprends pas « condition ».

Discussion

D’après les résultats présentés, il semble que les effets secondaires des stéroïdes anabolisants soient très diversifiés, touchant plusieurs organes et étant souvent irréversibles (Kanayama et al., 2008; Kutscher et al., 2002; Mottram & George, 2000; Petrocelli et al., 2008). Le système cardiovasculaire est celui qui est le plus souvent affecté, et  il peut engendrer des effets  sur d’autres systèmes, tels le foie et les reins. Par contre, il est difficile  d’étendre ces résultats à tous les athlètes et à la population en général qui consomment de façon illégale des doses supra-physiologiques de stéroïdes anabolisants. La première raison est le petit nombre d’études empiriques ;  la grande majorité des études qui existent sont des études de cas.  Bien que ces études nous démontrent des effets possibles associés à la prise de stéroïdes, les antécédents particuliers du cas  à l’étude sont fort probablement différents des antécédents  d’autres utilisateurs. Un deuxième raison est que si ces stéroïdes proviennent de source illégale, la consistance du produit est incertaine, donc les composées néfastes peuvent  différer d’une personne  à l’autre, ou même de l’utilisation d’une fois  à l’autre chez le même individu.

Il est aussi important de faire reconnaître que la plupart des utilisateurs de stéroïdes anabolisants consomment d’autres produits conjointement, ou  deux à trois différents stéroïdes en même temps. Ceux-ci incluent les hormones de croissance, les suppléments de minéraux ou de vitamines, les drogues comme la marijuana, ou d’autres médicaments. Les effets néfastes démontrés pourraient être causés  par les autres substances ou par une interaction médicamenteuse avec les stéroïdes. Il y a donc deux types d’interactions : les stéroïdes entre eux ou les stéroïdes avec d’autres composés chimiques.

Conclusion

En conclusion, cette revue de la littérature démontre l’immensité des effets néfastes pouvant être causés par l’utilisation de stéroïdes anabolisants, que ce soit au niveau des systèmes cardiovasculaire, hépatique, rénale, endocrinien ou d’autres. Par contre, pour mieux cerner l’ampleur et la fréquence des risques associés à la prise inappropriées à  court ou long terme de stéroïdes anabolisants, il est nécessaire de faire plus d’études dans ce domaine, et ce, avec des groupes- contrôles appropriés. Est-ce que « groupe-contrôle » est admis ?

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Marie-Claude Borgeat

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